
Mes très chers amis,
Le Imross Moshé de Kovrin propose une lecture saisissante du verset :
וכל ישראל אשר סביבותיהם נסו לקולם כי אמרו פן תבלענו הארץ
« Tous ceux d’Israël qui étaient autour d’eux s’enfuirent à leurs cris, car ils disaient : peut-être la terre va-t-elle nous engloutir. »
À première vue, la réaction des Bné Israël semble évidente : voyant la terre engloutir Korah et son assemblée, ils prennent peur et s’enfuient.
Mais le mot ארץ ne désigne pas seulement la terre physique. Il renvoie aussi à la ארציות, à la matérialité, au monde des préoccupations purement terrestres. La plus grande crainte de l’homme n’est pas seulement d’être englouti par la terre, mais d’être absorbé par une existence entièrement matérielle, au point que sa quête spirituelle ne se désagrège, que son âme ne perde de sa sensibilité et que sa voix intérieure ne finisse par se taire.
Le verset prend alors un sens nouveau :
נסו לקולם
« ils s’enfuirent à leur voix ».
Lorsque l’homme sent que la matérialité menace de prendre le dessus, lorsque le yétser hara se renforce, lorsque la lassitude spirituelle s’installe, il ne doit pas se résigner au silence. Au contraire, il doit retrouver sa voix : crier vers Hashem, l’implorer. Faire en sorte que le קול prenne le dessus sur le ארץ.
À une époque où tant de voix parfois dissonantes cherchent à capter notre attention, où l’immédiateté et la consommation viennent écraser la réflexion et la pondération, il est plus important que jamais de donner à notre Kol intérieur, un espace d’expression et de ne pas se laisser engloutir par une existence fantasmée.
Toute notre affection aux familles endeuillées.
Puisse ce Shabbat Korah nous permettre de faire retentir notre voix.
