
Mes très chers amis,
Nos maîtres relèvent dans notre parasha un détail extraordinaire. Dans le verset concernant les eaux de la סוטה, le mot הנקי (« sois lavée de tout soupçon») est écrit de manière à pouvoir être lu également חנקי (« sois étouffée »). Entre les deux ne se trouve qu’un infime détail graphique, un simple קוצו של יוד, faisant passer la lettre ה à la lettre ח.
La Rav Weingort שליט״א fait brillamment remarquer que la Torah cherche à nous enseigner qu’entre deux réalités radicalement opposées, il n’y a parfois qu’un « presque rien ».
Cette idée fait écho à la célèbre remarque du Gaon de Vilna sur la différence entre מצה et חמץ. Les mêmes lettres, les mêmes ingrédients, la même pâte. Tout semble identique. Pourtant, le ה de la מצה Matsa, devient le ח du חמץ Hametz, lorsqu’un minuscule espace se referme. Là encore, tout se joue sur un détail presque invisible, sur un simple משהו.
C’est peut-être pour cela que le חמץ est interdit במשהו, en quantité infinitésimal. Parce qu’il symbolise cette vérité essentielle : les grandes dérives ne commencent pas par de grandes fautes, mais par de petits renoncements.
À l’inverse, les grandes élévations ne commencent pas davantage par des actes héroïques, mais par des entreprises modestes, presque invisibles.
Une mitsva accomplie avec un peu plus de cœur. Quelques minutes d’étude supplémentaires. Un coup de téléphone au bon moment. Un effort que personne ne verra.
La Torah nous apprend ainsi à ne jamais mépriser les petites choses. Car bien souvent, le destin d’un homme, d’une communauté ou même d’une civilisation se joue dans un simple קוצו של יוד, un trait minuscule.
Que ce Shabbat Nasso soit un Shabbat d’élévation et de joie.
