Mes très chers amis,

Le dernier livre de la Torah dont nous commencerons la lecture ce Shabbat s’ouvre sur les dernières recommandations de Moshé avant qu’il ne quitte ce monde :

אלה הדברים אשר דבר משה אל כל ישראל בעבר הירדן

« Voici les paroles que Moshé adressa à tous les enfants d’Israël, de l’autre côté du Jourdain »

Le Beiss Aharon de Karlin propose une lecture saisissante de l’expression בעבר הירדן. Il ne s’agit pas seulement d’une indication géographique. Le mot ירדן, Jourdain, est à rapprocher de la racine ירד , descendre.

Mais pourquoi la Torah ouvre-t-elle le dernier livre par cette image de la descente ?

Parce que la mission d’un Juif n’est pas d’éviter les descentes, mais de leur donner un sens et de les transcender. On ne peut élever le monde sans accepter parfois d’y descendre. Une âme ne transforme pas la réalité en restant à distance : elle doit entrer dans les difficultés, les affronter, puis les sanctifier.

C’est précisément cela que suggère בעבר הירדן : traverser le Yarden, traverser les moments de ירידה, de chute, afin qu’ils deviennent une ירידה לצורך עלייה (une descente nous propulsant vers une ascension). La descente n’est pas une destination ; elle est un passage. Lorsqu’elle est vécue avec confiance en D’, elle devient le tremplin d’une élévation plus profonde que celle qui aurait été possible sans elle.

Cette idée résonne particulièrement avec שבת חזון.

Le nom חזון évoque certes la vision prophétique de la destruction, mais portant en elle les germes de la reconstruction.

C’est précisément lorsque nous nous trouvons dans le ירדן, au cœur de la descente, qu’il faut garder les yeux fixés sur le חזון. Ne pas s’arrêter à ce que l’on voit aujourd’hui, mais percevoir ce que cette épreuve est appelée à faire naître.

C’est un message d’une actualité saisissante.

Notre peuple traverse une période où les défis sont nombreux : l’antisémitisme se banalise, la guerre éprouve nos frères en Erets Israël, les divisions fragilisent parfois notre unité et chacun porte aussi ses propres combats intérieurs.

Le Beiss Aharon nous enseigne que la Torah ne mesure pas un homme à la profondeur de sa descente, mais à sa capacité à s’en extraire.

Que ce שבת חזון nous donne la force de regarder au-delà du ירדן, de transformer chaque ירידה, descente, en עלייה, ascension, et de mériter bientôt de voir la vision de destruction laisser définitivement place à la vision de consolation et de guéoula, במהרה בימינו.

שבת שלום ומבורך
A Gut Shabbes
Avec toute mon amitié,