
Proposé par
M. le Grand Rabbin
Harold Avraham WEILL

Mes très chers amis,
Nos Sages (Shabbat 88a) s’interrogent sur un détail surprenant du récit de la Création :
au sixième jour, la Torah ne dit pas יום ששי, mais יום הששי , avec l’article défini.
La Guemara explique : ce « ה » renvoie au sixième jour du mois de Sivan, jour du don de la Torah.
Hashem a conclu un pacte avec la création en lui disant :
« Si Israël accepte la Torah ce sixième jour, Je vous maintiendrai.
Sinon , מחזיר אתכם לתוהו ובוהו , Je vous ramènerai au chaos primordial. »
Mais cette explication soulève une question vertigineuse :
pourquoi ramener le monde précisément au tohu-vavohu ?
Ce n’est pas le néant absolu !
Le tohu-vavohu est déjà une forme de création, une étape intermédiaire entre le néant (אפס ואין) et la lumière ordonnée du monde.
Si le monde doit être annulé, pourquoi ne pas le reconduire au néant total ?
C’est ici que le Avnei Nezer dévoile une idée d’une profondeur saisissante.
Selon le Sokhatshover, le tohu-bohu n’est pas l’absence d’être, mais la racine de toute existence, un état où tout est encore possible, mais non encore structuré.
Le אפס ואין, le néant absolu, ne contient rien.
Mais le tohu-vavohu, lui, contient toute la création en puissance, avant qu’elle ne soit façonnée, ordonnée, orientée.
Ainsi, lorsqu’Hashem dit :
“Si la Torah n’est pas acceptée, Je vous ramènerai au tohu-vavohu”,
cela signifie : Je vous renverrai à votre état premier, à la potentialité brute, là où rien n’a encore trouvé son sens.
C’est une idée bouleversante :
Le monde sans Torah n’est pas anéanti, il cesse d’avoir une forme.
Il demeure une énergie diffuse, une matière spirituelle sans direction.
Ainsi, le tohu-vavohu n’est pas une punition, mais une véritable régression ontologique :
sans Torah, la création perd sa structure et retourne à la confusion originelle. Mesure pour mesure.
En redémarrant la lecture de la Torah, nous rendons au monde sa forme, nous le façonnons et l’empêchons quotidiennement de sombrer dans le Tohu Vavohu.
Quant à vous chers amis, que ce Shabbat Bereshit vous offre un redémarrage des plus savoureux.
