
Proposé par
M. le Grand Rabbin
Harold Avraham WEILL

Mes très chers amis,
Au début de notre première sidra, la Torah encadre l’entrée du Cohen Gadol dans le Saint des Saints :
« ואל יבא בכל עת אל הקודש »
« Qu’il n’entre pas à tout moment dans le sanctuaire. »
Puis, immédiatement après :
« בזאת יבא אהרן אל הקודש »
« C’est avec cela qu’Aharon entrera dans le sanctuaire. »
Au sens simple, la Torah oppose un accès interdit « בכל עת », à tout moment à un accès précis, encadré « בזאת », dans des conditions définies.
Mais Rabbi Avrohom Simho Horowitz de Barnov dans son Ḥamra Tava nous en propose une toute autre lecture, mettant en exergue une véritable tension existentielle.
L’homme vit avec l’idée du « בכל עת ».
Il se persuade qu’il pourra toujours revenir. Qu’il sera toujours temps de construire, d’agir, de réparer.
Mais la Torah le renvoie à une réalité implacable.
Il n’y a pas de « בכל עת ».
Il n’y a que du « בזאת »
Seul l’instant présent existe. Le בכל עת est totalement imaginaire.
C’est ce que disent les Pirké Avot :
אל תאמר לכשאפנה אשנה שמא לא תפנה
Ne dis pas : quand j’aurai le temps j’étudierai car « ce temps n’existe peut-être pas » (traduction libre)
Le « plus tard » est un fantasme.
Le « maintenant » est une exigence.
Si l’homme pense qu’il peut entrer בכל עת, à chaque instant, il n’entre jamais.
Parce que ce qui est toujours possible finit toujours par être repoussé.
La Avoda commence quand on accepte le בזאת comme étant la seule réalité : cet instant-ci, limité, concret, irréversible.
En somme, on ne perd pas sa vie en une fois. On la dilue dans le בכל עת mais on la sublime dans le בזאת !
Que ce Shabbat Aharei Mot Kedoshim nous permette de nous inscrire dans le בזאת et de savoir saisir l’instant présent.
